Académie des dirigeants Dirigeants d'entreprises et organisations des secteurs public et privé

Le 11 octobre 2016

Visite du Laser Megajoule

Le Barp |  

lasermegajoule

VISITE DE “MONSIEUR LASER MEGAJOULE”

En ce doux matin d'automne, je me présente aux abords d'un Monsieur aux allures un peu « eighties »…
– « Bonjour, mon prénom est Académie », dis-je, « et mon nom est des Dirigeants », rajoutais-je. « Ne vous fiez pas à ma particule, c'est juste un article défini », lui précisais-je modestement !
C'est que je n'en mène pas large en ce matin du 11 octobre 2016. Paraît que ce Monsieur à qui je rends visite au Barp balance des rayons ultraviolets sur toutes les particules qu'on lui fourgue dans le plastron ! Et à 8 heures du matin, les yeux encore embrumés par les premiers frimas de la saison, ce n'est pas le moment de se faire remarquer.
Bon sang ! Dans le feu de mon enthousiasme, je ne vous ai toujours pas présenté le fameux Monsieur à qui je rends visite ce matin. Il s'agit de Monsieur Laser Mégajoule. C'est une personnalité assez complexe. Au détour de quelques power-points délicatement projetés dans une salle à l'esthétique stalinienne, on apprend subrepticement que Laser Mégajoule est une installation qui sert à étudier, à toute petite échelle, le comportement des matériaux dans des conditions similaires à celles atteintes lors du fonctionnement des armes nucléaires.
L'une des principales spécificités de notre hôte est de pouvoir délivrer sur une cible de quelques millimètres, en quelques milliardièmes de seconde, une énergie lumineuse supérieure à un million de joules. D'où son nom. Ça y'est je commence à comprendre !
Et pourtant, comme tous les scientifiques qui se respectent, malgré sa récente mise en service en 2014, son allure première semble aussi banale qu'une industrie quelconque. Mais je comprends, au fur et à mesure des explications, que derrière le sobre aspect de ses bâtiments disséminés sur plus de 700 hectares entourés d'une joyeuse clôture électrique, vibrionne chez Monsieur Laser Mégajoule un puits de performances technologiques et scientifiques.
Ne nous y trompons pas, Laser Mégajoule a beau être un jeune homme très bien élevé (pour preuve ce sympathique café/croissants servi en préambule de notre visite) il n'en demeure pas moins impressionnant.
J'apprends ainsi que l'investissement public dans sa construction représente près de trois milliards d'euros sur 15 ans. Comme toutes les stars, je perçois dans les explications du digne porte-parole qui nous guide depuis le début de la matinée, que le jeune Laser mégajoule est convoité par de nombreux espions paparazzis pour lui photographier les tubulures (à ceci près qu'il intéresse plus les revues scientifiques que les revues people).
Faute de pouvoir le photographier (les appareils portables ayant été confisqués à l'entrée), toute Académie que je suis, me voilà gentiment invitée à ui explorer les conduits. Mais en tout bien tout honneur bien sûr… pour ce faire, l'on doit pénétrer couvert :  chaussons de tissus, blouses bleu pâle, casques blancs et autres charlottes transforment alors mes fiers dirigeants en vrais petits scientifiques en goguette.
Ainsi vêtus et affublés d'écouteurs tels des japonais suivant leur guide microté, nous voilà lui explorant impudiquement l'intérieur de l'une de ses chambres blanches, puis on entre enfin dans le sein des saints : le hall d'expériences. Une vaste pièce de 60 mètres de diamètre gorgée d'un entrelac d'escaliers en fer, de tubes de métal blanc et d'instruments de mesure futuristes couleur aluminium avec en son centre une sphère verte trouée par des trappes rondes ou carrées où se produisent les tirs par groupe de 8 une cinquantaine de fois par an.

En résumé et si j'ai bien compris, ces tirs consistent à produire des réactions de fusion à partir d'un mélange de Deuterium et de Tritium (DT), contenu dans une microbille, ceci en le comprimant en un temps très court, pour obtenir une densité de l'ordre de quelques centaines de grammes par centimètre cube, et le chauffer à une température de 100 millions de degrés. Pour de plus amples explications, je vous invite à aller sur son site internet.
Faut dire qu'à l'instar de quelques-uns de mes vaillants dirigeants, je vous avoue avoir subrepticement papillonné des paupières au cours de la phase explicative, contrairement à la vidéo tridimensionnelle qui m'a permis de comprendre, de l'intérieur le parcours du rayon jusqu'à l'explosion de lumière, les lois qui régissent le soleil.
Bref, dans le bus qui nous ramène vers le poste d'accueil, je vois sur les murs de plusieurs de ses enceintes les graffitis d'un mouvement social et je prends conscience, avec un léger rictus décomplexé, que bien que flirtant avec les limites de la connaissance, ce monsieur Laser Mégajoule n'existe que parce qu'il y a des hommes et des femmes pour lui donner vie. Et que ces hommes et ces femmes, bien que jouant avec « le soleil en boite » comme ils disent, sont tout comme nous, en proie aux forces et aux faiblesses de notre société. Ce paradoxe entre la friction des étoiles et du social me rassure quelque part. Et c'est le  coeur léger, la tête pleine, et le portable hurlant trois heures de messages en retard que mes adhérents repartent vers leurs tumultueux quotidiens, tous prêts à se retrouver gaiement pour une prochaine aventure.
Xavier VITON, membre de l'Académie des Dirigeants

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