Académie des dirigeants Dirigeants d'entreprises et organisations des secteurs public et privé

Le 15 novembre 2018 de 18h00 à 22h30

Soirée débat : “On a mis l'IA (intelligence artificielle) dans la bergerie”

École Nationale de la Magistrature |  ,

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La soirée-débat qui s'est déroulée à l'ENM a réuni 114 personnes pour le débat, dont 89 ont poursuivi les discussions lors du cocktail en présence des invités, à savoir :       

  • Yael ASSOULINE, présidente d’ITECA, start-up développant des outils d'intelligence artificielle décisionnels pour la maintenance, les opérations et les processus.
  • Cédric BRUN, philosophe, maître de conférences, directeur du département philosophie de l'Université Bordeaux-Montaigne, chercheur en philosophie des neurosciences pour étudier notamment les mécanismes de prise de décision.
  • Bernard CLAVERIE, professeur à l'école polytechnique de Bordeaux et directeur de l'ENSC (école nationale supérieure de cognitique). Il est spécialiste des rapports entre la cognitique humaine et les technologies numériques.
  • Xavier RONSIN, premier président de la cour d'appel de Rennes, ancien directeur de l'ENM, co-rédacteur d'une « charte éthique européenne d'utilisation de l'intelligence artificielle dans les systèmes judiciaires », menant une expérimentation dans sa cour d'appel grâce à un logiciel dit de « justice prédictive ».
  • Nicolas ROUSSEL, directeur du centre de recherche INRIA (institut national de recherche en informatique et en automatique). Son domaine de recherche est l’interaction homme-machine (IHM), en particulier les interactions avec les objets et services numériques.

Quelques-unes des interrogations formulées ont été :

  • Que recouvre l'IA, quelles sont ses applications déjà visibles et à quoi peut-on s'attendre ?
  • Nous permettra-t-elle de mieux vivre, vivre plus longtemps, dégager du temps libre, nous concentrer sur des actions à meilleure valeur ajoutée ou à meilleur plaisir, définir de nouvelles relations dans la vie en général et dans le travail ?
  • Comment aidera-t-elle l'Humain et jouera-t-elle sur sa liberté ?
  • Créera-t-elle des emplois, sans aucun doute, mais lesquels détruira-t-elle ?
  • Quelles seront donc les conséquences sur un plan social et générationnel ? Vivra-t-on une fracture ou une mutation ?

Data et algorithmes sont à la base de tous les traitements qui conduiront à toutes les formes de prise de décision ou de proposition de décision, à tous les traitements automatisés, que l'on parle de mobilité et voiture autonome en particulier, de médecine, de finance, de commerce, de gestion des stocks ou matières premières, d'assistance à la personne, de défense, de meilleures utilisations des ressources pour respecter l'environnement, mais aussi de justice et pourquoi pas de management.

La data peut aussi conduire à de la création : en témoigne ce portrait créé par une imprimante grâce à l'analyse de 15 000 œuvres du XIVème au XXème siècle, qui s'est vendu 432 500 $ ou ce livre écrit suite à un voyage de New York à La Nouvelle Orléans, par une voiture équipée de caméras, micros, GPS et horloge qui ont fourni des informations à un système d'IA capable de générer des mots, qui avait appris à écrire après avoir analysé 200 œuvres littéraires.

L'intelligence artificielle est une révolution lente et rapide à la fois, qui a déjà des incidences majeures sur la vie de tout un chacun. On en connait déjà des contours mais ce qui reste à venir est presque infini, en tous cas plus grand que notre imagination.

Dans le domaine du management en particulier, l'IA, sera-t-elle le jouet du dirigeant, son assistant ou… son patron ? Et si l'IA faisait mieux que certains dirigeants, si elle gérait mieux les ressources humaines, prenait de meilleures décisions stratégiques ou de gestion, grâce à la bonne utilisation d'une multitude de données de références sur des entreprises qui réussissent ?

Les différentes IA pourront-elles créer des langages entre elles que l'humain ne comprendra pas ? Et donc produire des décisions fondées sur un cœur de réacteur dont on ne connaîtra plus la composition ? Et voilà reposée la question du contrôle par l'humain de ce qu'il crée et de la latitude qu'il veut laisser à l'IA pour garder sa faculté de choix.

Se pose alors la question de savoir si l'on peut dissocier l'intelligence artificielle et l'intelligence émotionnelle qui resterait l'apanage de l'humain. IA as-tu du cœur ? Est-ce l'artificiel ou l'émotionnel qui peut décider ou qui décide le mieux ?

L'apport de l'IA peut être d'une aide précieuse pour l'Humain : le débarrasser de ce travail inhumain et épuisant qui consiste en emmagasiner de plus en plus d'informations qu'il essaie de traiter mais n'arrive plus à absorber, passant alors son temps à savoir (y compris ce qui ne lui sert à rien) plutôt qu'à comprendre. Quel bonheur alors de passer son temps sur des réflexions et des actions valorisantes, de retrouver de la motivation qui n'apparaît que lorsque renaît le désir, lui-même promesse d'un plaisir à venir.

Il y a donc une façon pleine d'espoir de voir les choses : connecter le cerveau humain à la technologie, pour additionner l'intelligence émotionnelle humaine à l'intelligence algorithmique de la machine et arriver ainsi à un nouveau partage des tâches et des responsabilités. En quelque sorte prendre le meilleur des 2 : les HARDSKILLS à la machine et les SOFTSKILLS à l'humain (Skills = Compétences).

Voici des exemples de différentes variations qui ont alimenté le débat. Mais pourquoi ce titre de  soirée, « on a mis l'IA dans la bergerie » référence évidente au loup, cet animal que l'on craint ?

Des chercheurs ont mis en évidence que le chien est une forme de loup mutant dont la principale différence dans le cerveau repose sur le fait que, contrairement au loup, lui, n'a pas peur. Résultat, là où le loup, du fait de sa propre peur, vit dans la confrontation, le chien est dans le vivre ensemble, ensemble avec les humains notamment, les 2 espèces s'apportant des services réciproques.

Et qui va le plus loin, qui explore l'inconnu, celui qui a peur ou celui qui n'a pas peur ou surmonte sa peur ?
A méditer au sujet de la cohabitation entre l'Humanité et l'intelligence artificielle !

Article : Xavier BOROTRA, président de la commission Laboratoire d’idées
Photo : Yves VIGNAU, membre de la commission Lettre et Communication

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