Académie des dirigeants Dirigeants d'entreprises et organisations des secteurs public et privé

Le 17 février 2020 à 18h00

Échange avec l'auteur Christian de PERTHUIS le tic tac de l’horloge climatique

Librairie Mollat-Station Ausone  |  ,

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Le 17 février 2020 l'Académie des Dirigeants recevait dans le cadre de son partenariat avec la librairie MOLLAT Christian de PERTHUIS professeur associé d’économie à l’université Paris-Dauphine, fondateur de la chaire sur l’économie du climat pour la présentation de son ouvrage “le tic-tac de l’horloge climatique”.

Filmée par Mollat et disponible sur leur chaîne Youtube, la soirée a été un grand succès : elle a accueilli plus de 120 auditeurs, dont la moitié d’invités de l’ARD et une bonne trentaine d’étudiants et jeunes professionnels

Christian de PERTHUIS a commencé son exposé en nous projetant dans le monde que nous réservions à son petit-fils né en 2020 (et présent à la soirée) quand il serait adulte !

Il a ensuite répondu aux questions de Philippe DENIS (directeur général de Bordeaux Métropole Energies et membre de l’Académie) sur son ouvrage et ses recherches

Philippe Denis : Christian de Perthuis, vous êtes économiste et vous venez de publier Le tic-tac de l’horloge climatique. une course contre la montre pour le climat Où vous parlez d’abord de « l’obligation de désempiler les énergies fossiles » en citant le phare des Baleines à l’île de Ré.

Christian de Perthuis : Vers 1850, la quasi-totalité de l’énergie utilisée venait de la biomasse. Le charbon a démultiplié l’énergie pour le transport (chemin de fer) et dans les manufactures, mais la biomasse n’a pas reculé pour autant. Au XX’ siècle, le pétrole puis le gaz naturel sont venus s’ajouter aux sources préexistantes sans s’y substituer. Le résultat est que la consommation d’énergie dans le monde a été multipliée par neuf au siècle dernier ce qui a permis une incroyable accélération de la croissance économique. Le phare des Baleines sur l’île de Ré, comme celui de Cordouan dans l’estuaire de la Gironde, nous raconte la même histoire : fonctionnant à l’origine à l’huile de poisson ou de baleine, il est passé au charbon, plus dense et moins salissant pour les miroirs réfléchissant la lumière, puis au pétrole lampant et enfin à l’électricité,

La transition bas carbone dans laquelle nous nous engageons doit rompre avec cette logique de l’empilement. Il ne suffit pas d’ajouter des sources renouvelables au système ou d'accélérer les gains d’efficacité. Il faut quitter la logique de l’empilement des sources d’énergie afin de réduire drastiquement l’usage des sources fossiles. Les climatologues nous disent que le temps est compté – quelques décennies – pour opérer cette transition sans précédent historique, Pour nos sociétés, c’est un changement radical de logiciel.

PHD : Vous nous dites que la neutralité Carbone est un objectif d’économie circulaire et qu’il faut marcher sur deux jambes ?

CDP : La neutralité carbone est une situation dans laquelle les rejets anthropiques de CO2 dans l’atmosphère sont ramenés au niveau de l’absorption du CO2 par les puits de carbone.

On rétablit ainsi la circularité du cycle du carbone en stabilisant le stock de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pour viser la neutralité, il convient d’agir sur les émissions et les absorptions. Réduire les émissions implique de désinvestir des énergies fossiles. Accroitre la capacité des puits de carbone implique en premier lieu d’investir dans la diversité du vivant. A la COP de Madrid, on a parlé pour la première fois des océans. L’érosion de la biodiversité marine réduit le fonctionnement de la pompe à carbone océanique. C’est un problème majeur. Sur terre, la réorientation des pratiques agricoles me semble être le pivot de l’action. On a beaucoup parlé des incendies de forêt au Brésil et en Indonésie l’été dernier, mais pas suffisamment des solutions : elles passent par la réorientation des systèmes d’agriculture et d’élevage, aujourd’hui cause principale de déforestation. Dans les pays riches. l’agroécologie est par ailleurs une révolution technique qui permettrait aux agriculteurs de reconstituer la diversité du vivant et de stocker plus de C02 dans les sols. La deuxième jambe de l’action pour la neutralité carbone est un double combat pour contrer le réchauffement et renforcer la biodiversité.

PHD : Le tic-tac de l’horloge Climatique suppose d’après vous de se diriger vers une France « ZEN (Zéro émission nette). Que préconisez-vous ?

CDP : Le tic-tac de l’horloge nous laisse peu de temps. Il faut donc accélérer la transition bas carbone. Une bonne partie des actions à conduire va se décider au niveau européen. Derrière la formule un peu attrape-tout du “Green Deal” j’attends trois choses a/ que l’Union Européenne renforce le signal-prix du carbone en élargissant le système d’échange de quotas aux transports et aux émissions diffuses ; b/ que l’Europe agisse avec fermeté à ses frontières, avec l’instauration de taxes ou de tarifs douaniers pour protéger son industrie face aux compétiteurs qui n’ont pas de réels engagements de réduction d’émission de gaz à effet de serre ; c/ que la Banque centrale européenne impose de véritables régulations pour que les établissements financiers s’engagent réellement dans la transition bas carbone et cessent de s’auto-déclarer « verts Au plan national, je crois que les Français sont un peu las des grandes déclarations du type “Make our Planet green again” Ils veulent du concret. C’est à l’échelle des territoires que va se gagner la bataille, notamment avec les régions et les municipalités, Je suis frappé par les innovations qui apparaissent au plan local sitôt que les acteurs quittent les logiques de silo et travaillent en réseau. Cela concerne tant le volet adaptation au changement climatique, la démarche de l’Aquitaine a été très innovante en la matière, que l’action de réduction des émissions. Je ne doute pas que Bordeaux Métropole Énergies sera l’un de ces acteurs moteurs permettant de cheminer vers la France ZEN !

PHD : Merci d’avoir répondu à nos questions

CDP : Avec grand plaisir !

 

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